Trois troubles visuels sur quatre sont silencieux avant 6 ans

La vision de l'enfant se construit, elle ne se devine pas

Un enfant ne sait pas qu'il voit mal. Il n'a aucun point de comparaison : ce qu'il voit est, pour lui, la normale. Il ne se plaindra donc presque jamais spontanément, et compensera longtemps sans que rien ne se remarque.

Or la vision n'est pas acquise à la naissance : elle se construit pendant les premières années de vie, à mesure que le cerveau apprend à interpréter les images reçues par chaque œil. Si l'un des deux envoie une image floue ou mal alignée, le cerveau finit par l'ignorer. C'est ce qu'on appelle l'amblyopie. Plus elle est corrigée tôt, plus la récupération est complète ; passé l'âge de 6 ans, elle devient beaucoup plus difficile à rattraper.

C'est pour cette raison que la maison de santé a organisé un accès rapide au bilan orthoptique pour les enfants du secteur, sur place et sans attendre un rendez-vous lointain.

Les âges clés du dépistage

Le carnet de santé prévoit un repérage visuel à plusieurs des examens obligatoires de l'enfant, notamment dans les premiers mois, vers 9 mois, vers 2 ans, puis avant l'entrée à l'école et régulièrement pendant la scolarité. Un bilan de santé est également proposé en école maternelle selon les départements.

Ces rendez-vous sont des repères, pas des garanties : un doute peut apparaître entre deux examens, ou un dépistage rapide peut mériter d'être approfondi. Dans ces situations, votre médecin traitant peut prescrire un bilan orthoptique à tout moment.

Les enfants pour lesquels la vigilance est renforcée

Certaines situations justifient un dépistage plus précoce et plus régulier, même en l'absence de tout signe :

  • antécédents familiaux de strabisme, d'amblyopie, de forte myopie ou hypermétropie, de cataracte congénitale ;
  • prématurité ou petit poids de naissance ;
  • trouble du neurodéveloppement, retard des acquisitions, paralysie cérébrale, trisomie 21 ;
  • difficultés d'apprentissage de la lecture ou de l'écriture ;
  • port de lunettes déjà prescrit, pour vérifier que la correction reste adaptée à la croissance.

Ce qui peut alerter à l'école et à la maison

Chez l'enfant scolarisé, le trouble visuel se manifeste rarement par « je vois mal ». Il se traduit plutôt par des signes indirects :

  • il se fatigue vite en lisant, se frotte les yeux, se plaint de maux de tête en fin de journée ;
  • il saute des lignes ou des mots, perd sa place, confond des lettres proches ;
  • il colle son visage à la feuille, à l'écran ou au tableau ;
  • il évite la lecture, se décourage, ou ses résultats baissent sans explication ;
  • il tourne ou penche la tête pour regarder, ferme un œil au soleil.

Une remarque de l'enseignant va dans le même sens : n'attendez pas la prochaine visite pour en parler.

Et si une correction ou une rééducation est nécessaire ?

Dans la majorité des cas, les solutions sont simples. Des lunettes adaptées suffisent souvent à rétablir une vision nette, et la correction évolue avec l'enfant. En cas d'amblyopie, le traitement associe la correction optique à l'occlusion temporaire du « bon » œil, pour forcer l'autre à travailler : contraignant quelques mois, mais très efficace lorsqu'il est mis en place tôt.

Certains troubles de la vision binoculaire relèvent d'une rééducation orthoptique, réalisée en séances courtes. Enfin, si une pathologie est suspectée, l'enfant est orienté vers un ophtalmologiste, le bilan déjà réalisé permettant de préparer utilement cette consultation.

Protéger la vue de son enfant au quotidien

La myopie progresse fortement chez les jeunes générations, et quelques habitudes simples aident à la freiner :

  • du temps dehors, à la lumière du jour, idéalement une à deux heures par jour ;
  • une distance de lecture d'au moins trente centimètres, dans une pièce bien éclairée ;
  • des pauses régulières : toutes les vingt minutes, regarder au loin quelques instants ;
  • des écrans limités, en particulier avant 3 ans et le soir.

Comment en bénéficier ?

Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant et évoquez vos observations ou celles de l'école. S'il l'estime utile, il prescrira un bilan orthoptique et votre enfant sera reçu par l'orthoptiste de la maison de santé.

Le jour du rendez-vous, pensez à apporter le carnet de santé, les lunettes actuelles et les précédentes ordonnances, ainsi que la carte Vitale et la carte de mutuelle. L'examen n'est ni douloureux ni impressionnant : il se déroule sous forme de jeux d'observation, y compris chez les tout-petits.

Les actes sont pris en charge dans les conditions habituelles de l'Assurance Maladie, et les équipements optiques des enfants bénéficient d'un remboursement renforcé.

Filtrer par catégorie

Environ 15 % des enfants présentent un trouble visuel avant l'âge de 6 ans. Dans trois cas sur quatre, l'enfant ne se plaint de rien : les troubles sont silencieux.

Non dépistés à temps, ils peuvent conduire à une amblyopie, c'est-à-dire la perte définitive de la vision d'un œil, et retentir sur les apprentissages, la scolarité et le comportement. Dépistés tôt, ils se traitent le plus souvent simplement.

Certains signes doivent conduire à un examen rapide : strabisme qui persiste après 4 mois, œil qui pleure ou qui rougit, pupille blanche, mouvements anormaux des yeux, enfant qui plisse les yeux, se rapproche beaucoup des objets ou penche la tête.

Parlez-en à votre médecin traitant : il prescrit un bilan orthoptique. L'orthoptiste de la maison de santé reçoit votre enfant et réalise un examen complet :

  • mesure de l'acuité visuelle avec et sans correction,
  • mesure de la réfraction, au réfractomètre ou par photo-vidéo-réfraction,
  • examen de la vision binoculaire,
  • examen sous écran en vision de près et de loin,
  • examen de la motilité et de la motricité oculaire.

L'orthoptiste adresse ensuite un compte rendu écrit à votre médecin traitant, avec son diagnostic et ses préconisations. Selon les résultats, votre médecin peut prescrire une correction optique, orienter vers une rééducation orthoptique ou solliciter l'avis d'un ophtalmologiste.

Pour permettre un dépistage fiable même chez les tout-petits, la SISA de la maison de santé a financé l'acquisition d'un photo-dépisteur PlusOptix, mis à disposition des orthoptistes.